Qu'est ce que Afrique Média CyberSécurité ?

Qu'est ce que Afrique Média CyberSécurité  ?

 

AFRIQUE MÉDIA CYBERSÉCURITÉ est un programme de formation théorique et pratique en sécurité internet destiné aux journalistes professionnels et aux acteurs des médias de la société civile (blogueurs, journalistes citoyens, cyberactivistes …) de 10 pays de la sous-région ouest-africaine. Le programme est dédié à notre regrettée camarade Anna Gueye qui a beaucoup participé à sa mise en place. Afrique Média CyberSécurité va former 500 professionnels des médias et acteurs de la société civile sur la cybersécurité. Il est initié par la Ligue des Web activistes et blogueurs africains pour la démocratie (AFRICTIVISTES) pour apporter une réponse à une forte demande exprimée par les acteurs des médias suite à plusieurs menaces et censures du réseau internet.

 

Quels sont les objectifs ?

Le but des séminaires de formation est d’outiller en sécurité informatique les journalistes, activistes du web et utilisateurs des médias sociaux à l’utilisation des technologies adaptées pour contourner la censure. À terme les bénéficiaires auront les outils et les connaissances dont ils ont besoin pour travailler en toute sécurité, communiquer de façon sereine, pallier les risques d’infiltration et de piratage, contourner la censure sur Internet, ainsi que les technologies de surveillance.

Après les séminaires, les 500 participants seront intégrés dans la communauté en ligne du projet AFRIQUE MEDIA CYBERSÉCURITÉ (communauté de partage de bonnes pratiques et d’entre-aide entre acteurs des médias francophone en Afrique de l’Ouest) et recevront des mises à jour régulières des technologies contre la censure avec lesquelles ils auront été familiarisés lors des formations.

 

Quels sont les enjeux ?

Des acteurs de la société civile considérés comme des lanceurs d’alerte, des journalistes citoyens ou tout simplement des web activistes sont menacés, persécutés, surveillés et arrêtés dans certains pays alors qu’ils n’ont fait que publier ou partager de simples informations. Des blogueurs sont en prison, des web-activistes sont en procès et le niveau d’intimidation à travers la cyber-surveillance est tel qu’il entrave la prise de parole et la libre circulation de l’information. En Afrique, être acteur des médias (professionnel ou pas) présente souvent des risques dans certains pays (même démocratiques). Il est très facile de remarquer une violation du devoir d’informer des journalistes et celle du droit d’accès à l’information du public. Avec la digitalisation, certains gouvernements n’hésitent pas à appliquer des méthodes fascistes pour mettre tout un pays en “blackout”. RDC, Tchad, Cameroun, Gabon, Mali, Burkina Faso, Gambie et même au Sénégal, nous avons connu une forme de censure sur les réseaux sociaux le soir de la libération de Karim Wade.

 

Il faut donc leur faire comprendre les enjeux, les menaces, les risques et les aider à adopter une nouvelle politique de sécurité et une certaine compréhension des règles de protection des données numériques qui sont traitées, stockées et partagées quotidiennement.

 

Pourquoi mener cette initiative au-delà du Sénégal ?

Africtivistes est un réseau panafricain. Il est présent dans 35 pays du continent et compte à ce jour 200 membres. Aujourd’hui, le programme se limite en Afrique de l’Ouest mais la demande est encore plus forte en Afrique Centrale pour nos amis de la RDC, du Cameroun, du Gabon …

Pour cette première édition, au total, 10 sessions de séminaires de formation (théorique et pratique) sont organisées à raison de 50 participants par session. Chaque session est composée de 2 groupes de 25 personnes. Une session dure 6 jours de formation.

 

Les sessions seront organisées dans les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et en Gambie :

1. Senegal

2. Bénin

3. Côte d’Ivoire

4. Guinée

5. Togo

6. Mali

7. Mauritanie

8. Niger

9. Burkina Faso

10. Gambie

 

 

Combien de sessions jusqu'à présent ?

Le programme vient d’être lancé. Il se déroulera du 17 juillet 2017 au 17 février 2018. La session de la Guinée qui marque le démarrage de ce programme s’est tenue la semaine du 17 au 22 juillet 2017. Elle regroupe 50 personnes toutes motivées sélectionnées après un appel à candidature qui a enregistré 118 candidatures.

 

Combien de participants jusqu'à présent ?

Nous venons de commencer avec la Guinée et cinquante personnes ont été formées. L’appel à candidature a obtenu 118 postulants avec des profils aussi pertinents les uns que les autres mais il a fallu faire une sélection. Un choix difficile; parce que l’idéal pour nous serait de partager nos connaissances avec toutes ces personnes qui ont postulé.

L’appel à candidature n’était destiné qu’aux Guinéens et cela n’a pas empêché des candidatures d’autres pays d’Afrique et même de sa diaspora. C’est juste pour témoigner de l'intérêt que ce thème suscite.

 

Pour l'instant cela est-il positif ? En êtes-vous satisfait ?

La CyberSécurité est notre coeur de métier au sein de Africtivistes et au delà des compétences internes, nous avons des partenaires technique comme le Professeur Richard R. Brooks de l'Université Clemson des USA, les juristes en cyber-espace Henri Thulliez et Charles Sanchez de la Plateforme de Protection des lanceurs d'alertes en Afrique (PPLAAF).

 

Ces choix ne sont pas anodins - parce que chacun d’eux a un apport crucial par exemple professeur Brooks dans l’utilisation des outils numériques de communication (internet, les navigateurs, les mails, les ordinateurs, les téléphone portables etc) et les juristes car il est important de connaître le contexte juridique numérique dans lequel on opère.

 

Cette partie théorique sur les législations, la compréhension des textes et lois, constitue une entrée en matière pour camper les contours de la sécurité. Ce sera une façon de leur expliquer que malgré tous les efforts qu'ils auront à déployer pour construire une barrière numérique autour de leurs outils (machine, mobile ...), il est bien possible qu'ils perdent, un jour, tout ou une partie de leurs données. Autre possibilité, une partie de ces données peut faire l’objet d’un vol ou se retrouver endommagée par un accident ou un acte malveillant. Des événements anodins comme une coupure d'électricité, une fenêtre laissée ouverte ou une tasse de café renversée peuvent entraîner des situations fâcheuses. Ce sera une façon de les aider à mettre en place une politique de sécurité.

• Apprendre à connaître son milieu de travail, les locaux

• Maîtriser son environnement de travail (mise en place de la table de bureau, disposition de la machine, l'écran, visibilité ...)

• Maîtrise des politiques de sécurité

• Comprendre son milieu

 

Il devient aussi primordial de comprendre le fonctionnement des systèmes de surveillance sur Internet,  et les meilleures  façons de les contrer dans certaines situations. La sécurité numérique est aujourd’hui le premier argument de protection mais surtout d'efficacité dans l’exercice du métier de journaliste. Il ne sert à rien de produire tout un travail d’investigation, de recherche poussée sur un sujet sensible et de se faire voler son fichier ou de perdre les données parce que notre outil de travail est infecté ou infiltré.

 

Il est d’autant plus primordial de connaître le contexte juridique, les lois sur la liberté d’expression, la liberté de la presse, les lois internet etc dans chacun de ces pays mais aussi au niveau international. Nous avons intégré cette donne parce qu’il n’est pas seulement pertinent de connaître ses droits mais aussi connaître ce que les lois vous permettent et les limites de celles-ci si c’est le cas.

 

Globalement, nous sommes très satisfaits de cette première session et c’est le moment de remercier tous les participants guinéens venus très nombreux pendant 6 jours pour suivre cette formation qui pouvait être très technique pour certains.

 

À quels enjeux sont confrontés les journalistes ? De quoi doivent-ils se méfier ?

À la question “vous arrive t-il de détenir des informations sensibles que vous souhaitez cacher où garder à l'abri ?”, ils ont été 81% a donné une réponse positive. Et quand on leur a demandé s’ils avaient déjà été en contact avec une source qui refuse de parler par peur d'être écoutée, surveillée ou de se mettre en danger ?, 65% ont affirmé avoir été dans une situation pareille.

Sur l’ensemble des candidatures, plus de la moitié déclare avoir été déjà piraté. Ils doivent donc se méfier  de tout. Pas au point de les rendre parano, mais qu’ils puissent saisir et comprendre les enjeux, risques et autres menaces.

Nous attirons l’attention des journalistes sur le fait que la sécurité numérique est un processus et non pas un ensemble d’outils mais surtout leur faire comprendre aussi que les attaques numériques sont devenues plus faciles à mettre en place. D’où la nécessité pour eux d’adhérer au monde de la sécurité numérique en comprenant les politiques de confidentialité et de l’anonymat qui sont à leur disposition.

 

Quelques exemples de censures et violation de droit entre 2015 et 2017 :

 

Burundi - Manifestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

Depuis mardi 28 avril 2015, l'ARCT nous a écrit pour demander la suspension momentanée de plusieurs réseaux sociaux, notamment Whatsapp, Twitter, Facebook, Tango mais pas internet", a déclaré une agence de télécom Burundaise.

 

RDC - manifestations du 19 janvier 2015

Internet et les réseaux de télécommunication sont coupés. Partager et diffuser des informations devenaient très difficile pendant des heures.

 

Sénégal - Libération Karim Wade

Au Sénégal, les réseaux des télécommunications ont été sabotés au soir du 23 juin 2016 ainsi que certains réseaux sociaux coupés pour éviter la circulation de l’information (fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et ancien ministre emprisonné pour enrichissement illicite).

 

Mali - Ce jeudi 18 août 2016 dans la soirée, au lendemain des violences survenues à Bamako, l’accès normal à Facebook ou Twitter au Mali restait impossible pour les internautes. La coupure est survenue vers 17h (heure locale) et perdure depuis, même si l'accès revient par intermittence. Mercredi 17 août, vers 22h, le hashtag #MaliOffline est apparu en premier sur les comptes de la diaspora.

 

 

Qu'est-ce que vous recommandez aux internautes africains vis-à-vis d'internet ?

D’abord de comprendre la technologie qu’ils utilisent. Il devient très facile de vous exposer aux risques d’une technologie si vous en ignorez ses principes fondamentales de fonctionnement. Il est presque impossible de se protéger quand on ne prend pas le temps de connaître l’outil, le support, la technologie qu’on utilise à qui on confie d’importantes informations sur nous et sur notre entourage.

Ils doivent aussi comprendre les différentes motivations des États à vouloir censurer internet. Les raisons politiques, sociales et souvent de sécurité nationale  quand certains mouvements sociaux se manifestent contre leur décision ou leur volonté de violer des règles démocratiques.

Ils doivent donc apprendre à :

• Communiquer en sécurité

• Détruire des données sur leurs supports

• Évaluer les risques potentiels

• Se connecter d’une façon anonyme

• Faire le bon choix de technologies

• Savoir contourner la censure appliquée par les gouvernements

• Protéger des informations numériques

 

Avec les années, quels sont vos constatations ?

Le constat est que les réseaux sociaux et le blogging sont de nouveaux médias pour les citoyens et apportent une réponse pour la société civile africaine à la construction d’une politique de démocratie participative et d’engagement citoyen. Un autre constat est aussi que la cyber-surveillance est devenue une tendance mondiale et qu’au delà de certaines formes de répressions et d’intimidation, les moyens de censure et de surveillance ont tendance à être des sanctions légales dans certains pays comme en Gambie où des journalistes et blogueurs ont reçu la peine de 15 ans de prison et une amende de $100 000, au Bénin avec un blogueur condamné à verser une lourde amende. Un dernier constat, est que des pannes totales du réseau internet semblent arriver aux moments les plus sensibles de la vie politique dans nos pays pendant que certains de nos pays cherchent à trouver des réponses et modes d’adaptation de nos démocraties à la nouvelle expression citoyenne.

 

Dans un autre sens, il est aussi pertinent de souligner la forte mobilisation citoyenne à travers les nouveaux médias. De 2008 à 2015, le web citoyen s’est professionnalisé, en réponse à une demande forte de transparence des institutions, de respect des règles démocratiques et de redevabilité des institutions.

 

Résultat de la mobilisation des jeunes et utilisation avisée des outils numériques:

• En 2008, pendant la crise post-électorale, de jeunes Kenyans ont créé l’application web Ushahidi.

• De 2010 à 2011, les Tunisiens ont connu une révolution sans précédent dans leur histoire politique. Elle a abouti au départ du président de la République de Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali, en poste depuis 1987.

• En 2010, les Ivoiriens ont lancé les hashtags #CIV2010 et #CIVSOCIAL qui correspondent à deux initiatives citoyennes.

• En 2012, les blogueurs sénégalais ont assuré pour la première fois une couverture électorale avec un nouveau système de monitoring et on crée le concept de e-observateur.

• En 2012, de jeunes Ghanéens lancent GhanaDecides.

 

De 2012 à 2015, en seulement 3 ans, l’Afrique a connu d’importantes initiatives citoyennes autour des questions de l’information et de transparence :

• Vote229 au Bénin,

• Guinéevote en Guinée,

• Malivote au Mali,

• Mackymètre au Sénégal,

• Buharimeter au Nigéria,

• Présimètre au Burkina Faso,

• Talonmètre au Bénin,

• Africtivistes (ligue africaine des blogueurs et web activistes pour la démocratie) sur le plan continental.

 

De quoi la société civile devrait se méfier ?

La société civile africaine doit se méfier :

• De la technophobie

• Du manque de ressources

• D’une législation invasive ou restrictive

Elle devrait se méfier de tout quand elle tient à garder une certaine indépendance et une certaine sécurité.

 

Les pouvoirs politiques prennent-ils en compte vos conseils ?

Nous pensons plutôt que les pouvoirs politiques s’inspirent exclusivement de nos conseils pour s’adapter et renforcer leur arsenal juridique et technique afin de toujours garder le contrôle qu’ils semblent avoir perdu avec l'avènement des technologies. Avec les technologies, la société civile a une longueur d’avance considérable sur les administration. La Technologie elle même est en avance sur les juridictions.


Internet est présent dans beaucoup de foyers aujourd'hui. Pensez-vous qu'internet contribue à la démocratie ?

 

Nous parlons depuis 2012 de l’avènement de la “citoyenneté augmentée”. La naissance de ce nouveau type de citoyen africain qui s’installe au centre du dispositif de démocratie et qui assume pleinement son rôle de citoyen modèle en faisant de la participation, de l'interpellation, du plaidoyer, du lobbying, de la veille citoyenne et de l’alerte. Le problème du taux de pénétration d’internet est souvent soulevé quand on parle de l’Afrique. Il faut juste comprendre que ce qui se dit, se passe et s’échange sur la toile arrive dans nos salons le soir et se discute dans nos cours familiaux. Certaines applications comme WhatsApp sont aujourd’hui des outils de démocratisation incontournable car participant à véhiculer les informations et surtout à créer de grand réseau de citoyens connectés. Un réseau qui peut très rapidement devenir un système de communaux collaboratifs fort de son étendu, de sa vitesse de transmission, de sa facilité d’utilisation et de son extensibilité.

 

Internet participe à plusieurs niveaux au renforcement de la démocratie en Afrique :

• Internet représente pour la société civile, un moyen qui permet de structurer et d’organiser les mouvements sociaux.

• Il facilite la mise en place des réformes qui représentent un moyen efficace pour mettre en place la démocratie et la bonne gouvernance. Il permet aussi de s’opposer à la mise en place de réformes anti-constitutionnelles.

L’application des TIC à la bonne gouvernance se justifie par la nécessité de mettre en œuvre des procédures transparentes afin d’améliorer le processus de décisions ayant une incidence sur les activités économiques du pays et sur les relations économiques avec les autres pays.

 

• Participation citoyenne et engagement civique

Meilleure représentation des citoyens dans les institutions de l’État et aux débats démocratiques

Education

Nouvelle approche citoyenne

• Informations et accès aux données publiques

Communiqués officiels et textes publiés

Projets de lois et constitutions accessibles

• Gouvernance participative

Vote des Budget

Suivi de projets

l’informatisation de l’état civil, du domaine foncier, du recensement des populations et de la collecte des impôts.

• Assainissement du cadre macroéconomique général du pays, des secteurs bancaires et financiers

Dénonciation

Relayer les dénonciations des atteintes aux droits de l’homme même lorsqu’il s’agit de pays totalitaires fermés à la presse internationale